L'école à la maison avec Elisa
L’école à la maison
avec Elisa
Je ne sais plus d’où me vient cette phrase que je restitue
de mémoire « Pour le jeune enfant, la relation humaine ne se réalise que
dans l’incarnation. » Cela explique la répugnance des jeunes enfants à
parler au téléphone lors d’une séparation avec un parent, ou même par écran
interposé. C’est tout le travail de l’apprentissage de l’écrit de médiatiser la
parole, dans le temps et l’espace et de coucher en signes graphiques le jet
spontané du son articulé.
Aujourd’hui, nous faisons l’école à la maison. Notre fille Elisa
est en CE1. Qu’est-ce que l’école pour elle ? Ce n’est pas l’Apprentissage, le
Savoir, l’école c’est d’abord un lieu, une cour, des murs renfermant des
couloirs, des classes, la cantine. Ce sont aussi des corps, des voix, ceux des
enseignants, en particulier ceux des deux maîtresses très respectées et aimées,
ceux des animateurs, et ceux, petits, semblables, des camarades de cour et de
classe.
Il lui faut, pour apprendre, ces éléments matériels de
gestes, de voix, de cahiers, ces ronds de couleurs, et tout ce qui fait la légitimité de l’école : la confiance
commune qu’accordent tous les enfants et les parents en : 1) la nécessité
d’apprendre, 2) le savoir-faire des enseignants, 3) les règles qui régissent le
savoir-être à l’école.
Or, nous voici à la maison, hors de ce cadre, loin des
acteurs de l’institution scolaire, avec pour seul lien, le mail de la
maîtresse. Une relation, par la force des événements, désincarnée. Celle-ci envoie un travail très bien conçu pour
chaque jour, dosé avec justesse, ludique, équilibré. Le concentré de ce qu’il
faut travailler. Et c’est à nous de jouer. Sur le papier, tout va bien. Sauf
qu’il manque à notre fille tout ce qui fait l’école : le cadre, la
légitimité, les horaires, puisque nous devons faire notre télé-travail et que
le temps accordé à notre fille n’est que résiduel.
Mais, je suis enseignante, donc, encore une fois, tout va
bien. Sauf que mes étudiants sont entre bac+3 et bac+8. On va vite, en deux
heures, on avance à pas de géant.
Avec Elisa, il faut apprendre le temps long. 3 phases à
trous où il faut conjuguer le verbe être nous prennent 15 minutes. Sans compter
les 10 minutes qu’il a fallu pour l’amener à s’asseoir à sa chaise. Sans
compter le temps de gigotage sur sa chaise car la maison, ce n’est pas ni le
lieu du travail ni celui de la concentration. Je sors de ces séances lessivée.
Si au moins, j’étais sûre de mes compétences ! Mais je bloque sur les
blocages de ma fille.
Le passage de l’addition à
la multiplication n’a rien de si évident. J’ai tenté de matérialiser
avec des cubes. Mais je ne suis pas sûre qu’elle ait compris. Rien de plus difficile à expliquer que les notions simples. Il faudrait aussi que ma fille accepte des
assertions qui ne viennent pas directement de la bouche de la maîtresse. Une
phrase qui commence par « la maîtresse a dit…. » a plus de poids que
deux heures de persuasion parentale. Le respect est contagieux. Je pense avec
respect à tous les professeurs des écoles, les plus mal rémunérés parmi les
enseignants et qui ont pourtant un rôle essentiel à jouer pour la formation des
enfants et la réduction des inégalités. Vive l’école et vivement le
dé-confinement.
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