Les catégories mouvantes du rationnel et de l'irrationnel
Les catégories mouvantes du rationnel et de l'irrationnel
Cela fait un moment que le doute s'insinue. Certains d'entre nous dont je fais partie se sont construits en solide opposition à toute religiosité, mystique, populisme, simplification, pensée magique. Politiquement, ils sont solidement démocrates. Ils ont sagement tirés les conséquences de l'histoire en considérant que notre système économique à condition d'être corrigé par une politique sociale constituerait jusqu'à aujourd'hui la moins pire des formules. S'ils sont français, ils ont appris à penser de manière rationnelle en 3 parties : introduction : problématique, annonce du plan en 3 parties, développement puis conclusion. A être sensible à la conviction plutôt qu'à la persuasion. Ils refusent les extrêmes et les séductions de la facilité. Ils croient à la science et au progrès.
Ils ont relégué la part de folie luxuriante et exubérante de notre être au rêve, à l'art, à la littérature, reconnaissant son existence mais la confiant aux investigations de la psychanalyse.
Pendant l'adolescence, les cours d'histoire sur la Saint-Barthélémy, l'Inquisition, les deux guerres mondiales, l'Arménie, la Shoah et ainsi de suite, avaient fait naître des doutes : les personnes une fois adultes deviennent-elles insensées ? Puis le règne du rationnel avait pris le dessus. On pouvait, par l'analyse du passé, par la prise de décisions sensées, par l'engagement citoyen ne plus jamais vivre cela.
Aujourd'hui, ces catégories semblent à se fissurer.
Est-il rationnel que des peuples élisent librement des populistes ou des apprentis dictateurs, soit leurs futurs bourreaux ?
Comment est-ce possible que des électeurs nécessiteux des sociétés les plus avancées et riches soient capables de croire que ce sont des milliardaires qui vont prendre leur défense ?
Est-ce rationnel de poursuivre cette idée de croissance sachant qu'elle est directement corrélée à la disparition des espèces animales et à la destruction programmée de notre environnement ?
Pourquoi a-t-on tellement attendu avant de développer les énergies vertes, arc-boutés sur le choix de l'énergie nucléaire dont on sait les dangers et la rémanence des déchets ?
Pourquoi avons-nous à la télévision des programmes-défouloirs dignes de "1984" alors que nous ne sommes pas en dictature ?
Pourquoi mangeons-nous des fraises en hiver ? Devons-nous manger de la viande tous les jours ?
Pourquoi avaler des chauve-souris ou pangolins qui transmettent à l'homme des virus meurtriers ?
Nous sommes dans la confusion la plus totale, qui laisse nos enfants pantois. Ont-ils envie de se joindre à cette danse de sabbat ? Ne faudrait-il pas définir une nouvelle rationalité, corrélée à notre désir de survie, pourquoi pas un système durable et solidaire ?
Enfin, il y a certaines informations dont on ne sait que faire ni penser. Certaines expériences troublantes mettent à mal nos certitudes et nous propulsent dans la 4e dimension. Pourquoi nous étions-nous sentis aussi mal à l'aise dans la chambre parentale d'un appartement de fonction au point de préférer dormir dans la chambre d'amis ? On apprendra ensuite que l'endroit avait été le lieu d'un suicide. Pourquoi après la perte d'un être cher, les bougeoirs devant sa photo éclatent-ils l'un après l'autre ? Pourquoi une radio s'allume-t-elle toute seule en pleine nuit, le volume au maximum, deux jours après sa mort ? Il n'y a pas d'explication rationnelle à ces manifestations. Elles restent posées là comme un énorme point d'interrogation. Mieux vaut ne pas savoir que de trouver des réponses toutes faites. Mieux vaut accepter cette part d'inconnu. Il faut avec douleur renoncer à entrer ces informations dans la catégorie rationnelle.
Le rationnel est-il le rempart à la barbarie ? Apparemment non. L'irrationnel n'est-il que ce qui n'a pas encore été expliqué ? La négation de l'irrationnel est-elle salvatrice ? Sur quoi s'appuyer ? Chacun repense son agencement personnel, au cœur de sa solitude confinée, entre raison et folie, savoir et ignorance.
Cela fait un moment que le doute s'insinue. Certains d'entre nous dont je fais partie se sont construits en solide opposition à toute religiosité, mystique, populisme, simplification, pensée magique. Politiquement, ils sont solidement démocrates. Ils ont sagement tirés les conséquences de l'histoire en considérant que notre système économique à condition d'être corrigé par une politique sociale constituerait jusqu'à aujourd'hui la moins pire des formules. S'ils sont français, ils ont appris à penser de manière rationnelle en 3 parties : introduction : problématique, annonce du plan en 3 parties, développement puis conclusion. A être sensible à la conviction plutôt qu'à la persuasion. Ils refusent les extrêmes et les séductions de la facilité. Ils croient à la science et au progrès.
Ils ont relégué la part de folie luxuriante et exubérante de notre être au rêve, à l'art, à la littérature, reconnaissant son existence mais la confiant aux investigations de la psychanalyse.
Pendant l'adolescence, les cours d'histoire sur la Saint-Barthélémy, l'Inquisition, les deux guerres mondiales, l'Arménie, la Shoah et ainsi de suite, avaient fait naître des doutes : les personnes une fois adultes deviennent-elles insensées ? Puis le règne du rationnel avait pris le dessus. On pouvait, par l'analyse du passé, par la prise de décisions sensées, par l'engagement citoyen ne plus jamais vivre cela.
Aujourd'hui, ces catégories semblent à se fissurer.
Est-il rationnel que des peuples élisent librement des populistes ou des apprentis dictateurs, soit leurs futurs bourreaux ?
Comment est-ce possible que des électeurs nécessiteux des sociétés les plus avancées et riches soient capables de croire que ce sont des milliardaires qui vont prendre leur défense ?
Est-ce rationnel de poursuivre cette idée de croissance sachant qu'elle est directement corrélée à la disparition des espèces animales et à la destruction programmée de notre environnement ?
Pourquoi a-t-on tellement attendu avant de développer les énergies vertes, arc-boutés sur le choix de l'énergie nucléaire dont on sait les dangers et la rémanence des déchets ?
Pourquoi avons-nous à la télévision des programmes-défouloirs dignes de "1984" alors que nous ne sommes pas en dictature ?
Pourquoi mangeons-nous des fraises en hiver ? Devons-nous manger de la viande tous les jours ?
Pourquoi avaler des chauve-souris ou pangolins qui transmettent à l'homme des virus meurtriers ?
Nous sommes dans la confusion la plus totale, qui laisse nos enfants pantois. Ont-ils envie de se joindre à cette danse de sabbat ? Ne faudrait-il pas définir une nouvelle rationalité, corrélée à notre désir de survie, pourquoi pas un système durable et solidaire ?
Enfin, il y a certaines informations dont on ne sait que faire ni penser. Certaines expériences troublantes mettent à mal nos certitudes et nous propulsent dans la 4e dimension. Pourquoi nous étions-nous sentis aussi mal à l'aise dans la chambre parentale d'un appartement de fonction au point de préférer dormir dans la chambre d'amis ? On apprendra ensuite que l'endroit avait été le lieu d'un suicide. Pourquoi après la perte d'un être cher, les bougeoirs devant sa photo éclatent-ils l'un après l'autre ? Pourquoi une radio s'allume-t-elle toute seule en pleine nuit, le volume au maximum, deux jours après sa mort ? Il n'y a pas d'explication rationnelle à ces manifestations. Elles restent posées là comme un énorme point d'interrogation. Mieux vaut ne pas savoir que de trouver des réponses toutes faites. Mieux vaut accepter cette part d'inconnu. Il faut avec douleur renoncer à entrer ces informations dans la catégorie rationnelle.
Le rationnel est-il le rempart à la barbarie ? Apparemment non. L'irrationnel n'est-il que ce qui n'a pas encore été expliqué ? La négation de l'irrationnel est-elle salvatrice ? Sur quoi s'appuyer ? Chacun repense son agencement personnel, au cœur de sa solitude confinée, entre raison et folie, savoir et ignorance.
Bon, je me lance ... Peut-être faudrait-il commencer par élargir notre définition du rationnel et donc de l'irrationnel. Ou serions-nous déjà rendus à ne penser que binaire ? Je ne détiens évidemment aucune réponse, ni pour moi, ni -surtout- pour les autres. Respectant par la même, l'axiome kantien selon lequel mieux vaut ne pas ériger sa propre vision du monde en loi universelle... ("Super relativiste" me moque mon fils, et il a raison). Mais ce que je pense au fond, c'est que rationnel & irrationnel ne s'opposent pas ontologiquement (ouah l'autre), mais selon moi, "naturellement". Et je m'explique.
RépondreSupprimerIl y aurait, toujours selon moi, une bio-diversité des rationalités aussi foisonnante que ... la vie ! Et, en fait ce sont ces différentes rationalités qui s'entremêlent et parfois s'opposent. Le sociétal vs l'individuel, le tout tempéré du contextuel & complexifié du nombre des impliqués. Bref une équation à xx millions d'inconnues.
Pourquoi la pensée ne serait-elle pas aussi magique, exubérante ou simplette ... ce dont je suis certain, c'est qu'elle est, autant que la parole, un acte. Et que cet acte en nous changeant, change aussi le monde... Un concept existe qui, non pas définit, mais englobe tout ça : la dialectique. Prise en compte de l'observateur, de la chose observée, de leurs éventuels mouvements relatifs et/ou corrélés, le tout dans un contexte particulier... de quoi ébouriffer notre cartésianisme acquis, que l'on pense inné.
C'est vrai que les gens élisent plutôt ceux auxquels il sont soumis, que des choses inexplicables arrivent, que l'Homme est son meilleur ennemi mais aussi, pourvu qu'on y prenne garde, que la beauté et l'amour sont partout et partout font de petits miracles.
Et la vie, ce miracle absolu, est !
Des réponses ? Peut-être pas, mais des foultitudes de questions, balisant nos chemins solitaires entrecroisés de tant d'autres... tant de "peut-être" .. deux verbes forts : "peut" et "être" qui accolés produisent du doute.
Je militerais volontiers pour la création d'un nouvel adverbe :
"peutêtrement"
Jacques PIERRE
Une belle réponse qui fait ma journée. Une conversation à poursuivre....
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